« Je le garde, ça peut toujours servir. »
Cette phrase, nous l’avons tous prononcée devant un objet qui n’a pas servi depuis cinq ans, mais dont nous sommes soudain persuadés qu’il pourrait devenir absolument indispensable un mardi de novembre 2032. 😅
Alors nous le remettons dans le placard. Au cas où.
Mais derrière ces deux petits mots apparemment anodins se cache parfois quelque chose de beaucoup plus intéressant : notre rapport au manque, au passé, à la sécurité… et même à la personne que nous avons été.
En Feng Shui, nos objets ne sont jamais complètement anodins. Ils occupent physiquement notre espace, influencent la circulation du chi et composent l’univers symbolique dans lequel nous évoluons chaque jour.
Alors, que racontent vraiment toutes ces choses que nous conservons ?



« Ça peut servir » : quand nos placards parlent de notre peur de manquer
Garder quelque chose parce que nous l’aimons ou l’utilisons est une chose. Le garder uniquement parce que nous pourrions éventuellement en avoir besoin un jour en est une autre.
Le fameux « au cas où » nous rassure.
Nous conservons des vêtements que nous ne portons plus, des appareils inutilisés, de la vaisselle en triple exemplaire, des cartons jamais ouverts depuis le dernier déménagement… Comme si posséder davantage nous protégeait d’un éventuel manque futur.
Pourtant, à force de vouloir nous prémunir contre le vide, nous finissons parfois par ne plus avoir… d’espace. Et en Feng Shui, l’espace est précieux. Parce que le chi a besoin de circuler.
Et si certains objets appartenaient à une ancienne version de nous ?
Il y a aussi des objets qui ne répondent plus à aucun besoin mais auxquels nous restons attachés parce qu’ils racontent une époque. Un ancien métier. Une relation terminée. Une passion abandonnée. Une période particulière de notre vie.
Ils ne sont pas nécessairement négatifs. Certains souvenirs sont merveilleux et méritent leur place dans notre maison. Mais d’autres restent là par automatisme.
Et une question devient alors passionnante : Est-ce que cet objet appartient encore à ma vie actuelle… ou uniquement à la personne que j’étais lorsque je l’ai acquis ?
Nos vies évoluent. Nous changeons, nous déménageons, nous nous séparons, nos enfants grandissent, nous changeons de métier, de goûts, de rêves. Notre maison devrait avoir le droit d’évoluer avec nous.
Faire du tri au cours d’une transition peut alors devenir beaucoup plus qu’une opération de rangement. C’est choisir consciemment ce que nous voulons emmener avec nous dans la suite de notre histoire.
Les héritages : honorer quelqu’un ne signifie pas tout conserver
Les objets hérités sont probablement les plus difficiles à trier. Parce qu’ici, nous ne manipulons plus seulement de la matière. Nous manipulons des souvenirs.
Donner le meuble d’un parent peut parfois donner l’impression de donner une partie de la personne elle-même. Pourtant, nous ne sommes pas obligés de devenir les gardiens éternels des possessions de ceux que nous avons aimés.
J’ai moi-même vidé la maison de ma mère après son décès, puis celle de ma tante, en conservant finalement assez peu de choses. J’ai gardé ce qui avait réellement du sens pour moi. Le reste pouvait poursuivre son chemin. Je refuse d’être esclave d’un meuble ou d’un objet.
Cela ne signifie évidemment pas qu’il faut tout jeter ! Garder une lettre, une photographie, un meuble que nous aimons ou un objet qui nous relie tendrement à quelqu’un peut être infiniment précieux. Encore une fois, tout est une question d’équilibre.
La vraie question pourrait être : « Est-ce que cet objet m’encombre davantage qu’il ne m’apporte ? Est-ce qu’il me procure encore de la joie ? »
Le souvenir n’habite pas nécessairement l’objet.
Ce que nous exposons agit aussi sur nous
Faire du tri ne concerne pas seulement ce qui dort au fond de nos placards. Regardons également ce que nous choisissons d’exposer.
En Feng Shui, l’agencement d’une maison et la symbolique des objets qui la composent ont une influence sur ses habitants. Imaginez un intérieur rempli de masques inquiétants, d’armes, de couteaux exposés et de représentations violentes. Même si chaque objet est esthétiquement superbe, quel univers symbolique avons-nous créé autour de nous ?
Prenons un exemple volontairement provocateur. Guernica de Picasso est un chef-d’œuvre. Mais que représente-t-il ? La guerre. La violence. La souffrance. Le chaos. Installer une immense reproduction de Guernica au cœur de son salon n’a donc pas tout à fait la même portée symbolique qu’un paysage ouvert, une œuvre joyeuse ou une représentation évoquant l’amour et la sérénité.
Ce que nous regardons chaque jour nourrit notre imaginaire et l’atmosphère de notre maison. Cela ne signifie pas qu’il existe une décoration « interdite ». Cela signifie simplement : regardons consciemment ce dont nous choisissons de nous entourer.
Faire de la place au nouveau
En Feng Shui, l’accumulation crée de la stagnation. Lorsque chaque placard déborde, que chaque surface est occupée et que nous conservons quantité d’objets dont nous n’avons plus l’usage, le chi peine symboliquement à circuler.
Et il y a quelque chose d’assez beau dans le geste de vider. Nous créons du vide. Or le vide n’est pas nécessairement un manque. Le vide est aussi un espace disponible. Disponible pour une nouvelle idée. Une nouvelle rencontre. Un nouveau projet. Une nouvelle version de nous-mêmes.
Nous ne pouvons pas toujours accueillir le nouveau lorsque nous occupons tout l’espace avec l’ancien.
Alors, on ouvre un placard ?
Pas besoin de transformer notre maison en monastère zen avant dimanche soir. 😅
Une maison vivante peut être généreuse, colorée, remplie de livres, de souvenirs, de tableaux, de plantes et d’objets rapportés du bout du monde. Le Feng Shui ne nous demande pas de vivre avec trois bols et une chaise. Il nous invite plutôt à nous demander si nous choisissons encore ce qui nous entoure.
Alors, ouvrez un placard. Regardez ce qu’il contient. Puis choisissez un objet et demandez-vous : Est-ce que je l’utilise ? Est-ce qu’il m’apporte encore quelque chose ? Est-ce qu’il appartient à la vie que je mène aujourd’hui ? Est-ce qu’il me procure de la joie ?
Et regardez aussi vos murs. Que racontent les images que vous voyez chaque jour ? Quelle énergie avez-vous choisi d’installer autour de vous ?
Il ne s’agit pas de tout jeter. Il s’agit de choisir. Parce qu’au fond, faire du tri dans notre maison revient parfois à faire du tri dans notre propre histoire : garder avec amour ce qui mérite de nous accompagner… et laisser partir ce dont nous n’avons plus besoin pour continuer à avancer.
